Nantes, l’arbre a une place fondamentale dans notre ville !

Interview de Johanna Rolland, Maire de Nantes
Pour Arbre & Patrimoine Magazine (Numéro de septembre 2019)

Terre fertile placée sur la Loire, Nantes a toujours été une terre d’élection pour les plantes depuis la décision de Louis XIV de rapporter du bout du monde des spécimens qui enrichirent la flore locale. Dès le 17e siècle, Louis XIV créé le jardin des apothicaires, le jardin des plantes actuel, pour y accueillir les plantes médicinales et alimentaires. L’histoire maritime et fluviale de Nantes est étroitement liée au patrimoine végétal, et je souhaite que nous poursuivions et nous inscrivions dans cette histoire. Dans l’imaginaire collectif, la ville est associée au minéral. Regardez ce qui s’est passé ici : on a comblé les bras de la Loire et de ses affluents pour fluidifier les circulations, pour faciliter le développement urbain. On a grignoté les terres agricoles, les espaces naturels…Cette époque-là est révolue. Nous sommes tous conscients aujourd’hui de l’urgence écologique et quand on sait que 80 % des émissions de gaz à effets de serre sont produites par les villes, on est vite convaincu de la nécessité d’agir dans nos villes, pour dessiner de nouveaux paysages, qui s’inspirent des richesses de la nature pour leur laisser toute la place. En faisant cela, nous répondons à la fois aux enjeux environnementaux mais nous luttons également contre l’uniformisation qui guette nos métropoles, car la nature n’est jamais la même, selon les espaces mais aussi selon les saisons.
A Nantes, nous avons des atouts : la Loire, l’ouverture maritime, les 100 parcs et jardins, 300 000 arbres répertoriés… Avec 1200 ha et 50 % des espaces publics et privés, la place du vert est importante. C’est à partir de cet héritage que nous voulons dessiner de nouveaux paysages urbains, en redonnant toute leur place à l’eau, à l’arbre et à la nature. Augmenter significativement le nombre d’arbres en ville sur l’espace public, c’est participer activement à la transition écologique : améliorer la qualité de l’air et par la même occasion la qualité de vie des habitants. L’arbre et plus largement la végétation sont au cœur de la façon dont on pense la ville de demain à Nantes, en construisant une ville dans un jardin.
Je crois que si l’on veut lutter contre l’étalement urbain, cela passe par imaginer une ville dense en logements et intense en qualité de vie, voilà l’équilibre que nous voulons tenir et la nature en ville est l’une de nos priorités pour cela. Nous le faisons avec une très haute qualité architecturale et environnementale. Ainsi, dans nos nouvelles règles métropolitaines d’urbanisme, tout projet immobilier devra intégrer une parcelle de végétal.
Je pense aussi au projet d’Etoile verte, imaginé avec Gilles Clément autour de nos 5 vallées fluviales: la Loire avale et amont, le Cens, l’Erdre et ses affluents, la Chézine et la Sèvre nantaise. Notre métropole est ainsi traversée par des coulées vertes, aux ambiances complètement différentes les unes des autres. Avec ce projet qui va mettre en valeur ces richesses, nous faisons de ce réseau et de ces espaces encore peu connus des habitants le socle de notre ville-nature. La première branche, celle de la Loire aval avec cette grande promenade de 4 km avec pour point de départ le jardin des plantes qui déborde sur le parvis de la gare et à l’arrivée le jardin extraordinaire à la Carrière miséry qui ouvre en ce mois de septembre.
La politique que nous développons c’est aussi bien entendu le choix de produire une partie des arbres dans notre pépinière municipale, une spécificité nantaise. Et c’est par exemple le sens de l’opération « quai des plantes » sur la quai de la Fosse qui délocalise cette pépinière que l’on rend accessible aux Nantais. Ces 1500 arbres seront ensuite plantés dans les 11 quartiers nantais. Notre objectif n’est pas seulement de multiplier les plantations, c’est aussi de diversifier les espèces, leurs formes, pour qu’ils accompagnent au mieux les différentes formes urbaines, s’adaptent aux changements climatiques et contribuent à la protection de la biodiversité.
Depuis 2014, 7000 nouveaux arbres et 2000 camélias, emblèmes de Nantes, ont été plantés pour étoffer la ville de Nantes, pour la faire respirer, l’ombrager, la rafraîchir et améliorer ainsi la qualité de vie, la qualité de ville. Nous voulons continuer à développer cette politique de l’arbre, avec des forêts urbaines à l’échelle de la ville et de la métropole. Notre devise : « Neptune favorise ceux qui osent » et je crois qu’il faut continuer d’oser, d’inventer, d’innover sur la question de la nature en ville, pour poursuivre l »amélioration et l’embellissement de notre ville. J’en profite pour saluer l’engagement passionné des agents du service des espaces verts de Nantes, qui façonnent le Nantes du quotidien et à qui nous devons beaucoup.